Mis en avant

Le racisme anti-blanc : un racisme inventé.

Posons une base : Je suis issue de l’immigration mais je passe.

C’est-à-dire que comparé à mes parents, mes frères et sœurs, je ne parais pas être autre chose que « française de souche » si cette expression à un sens. Si Eric Zemmour avait conseillé mes parents pour le choix de mon prénom l’après-midi de ma naissance, j’aurais été plus que crédible en Corinne.

Mais la vérité c’est que si je passe, je suis spectatrice. Je suis un témoin de l’injustice et de l’hypocrisie de la société dans laquelle j’ai grandi.


Une fois que cette base est posée, le racisme c’est quoi ?
Selon la définition qu’on en trouve dans le Larousse, le racisme c’est : « Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie. ».

Quelles en sont les conséquences au quotidien ?
Sans parler des conséquences graves et historiques que chacun connait (si vous ne savez pas de quoi je parle, il est plus que temps pour vous d’ouvrir un livre d’histoire. Je dis ça, je ne rien.).
Pour les communautés issues de l’immigration, les conséquences sont simples : l’égalité des chances n’existe pas.
Si tu es une jeune femme d’origine maghrébine faisant son entrée à Sciences-Po ou dans une autre grande école, tu seras forcément un quota. Ce sera parce que tu viens d’un lycée en quartier prioritaire de la ville que ta candidature aura été acceptée et non pas parce que tu as eu les résultats suffisants aux concours.

Le racisme en France, c’est un emploi qui te sera refusé non pas sur a base de tes compétences mais sur la base de ton origine. C’est aussi un appartement qui te sera refusé parce que ton physique ne plait pas, trop arabe, trop africain, trop asiatique tout simplement pas assez blanc et cela, même si tes revenus sont plus que suffisants.
Être issu de l’immigration en France, c’est voir certaines personnes se retourner sur ton passage dans certains quartiers, voir ces mêmes individus agripper leurs sacs en ta présence.
Le racisme, c’est aussi entendre certaines phrases, certains mots, sentir certains regards te juger.

Besoin d’exemples ? 
Enlève tes écouteurs dans les transports et écoutes. Tu pourras entendre quelqu’un dire « C’est moi ou ça sent le curry ? » quand une personne qui apparait d’origine indienne arrive. Ou encore quelqu’un insulter une femme voilée ou moquer l’accent de n’importe quelle autre personne.
Bien sûr, on ne va pas oublier la police, le contrôle au faciès, les violences, les accusations gratuites et j’en passe.

Et moi, je me situe ou là-dedans ?
C’est simple, comme je l’ai dit au début je suis spectatrice. J’observe ça de mes yeux verts, je vois ces injustices dirigées à mes proches, j’entends ces insultes dites à voix haute, ou même chuchotées à l’encontre de ma sœur ou de mes amis. Le pire dans tout ça, c’est que je vois les auteurs de ces insultes chercher mon regard, comme s’ils recherchaient ma complicité.
Je réalise ma « chance » quand je passe devant la police en faisant du bruit avec mes amis à Châtelet-les-Halles à toute heure de la nuit, je ne me fais pas contrôler. Quand je vois des groupes de jeunes, ce ne sont jamais les plus gênants qui se font contrôler, ce sont les moins blancs. Il faut qu’on se le dise simplement et franchement.

A ce niveau, je ne sais plus si le fait de passer est une force ou une faiblesse.
Quand tu passes, tu ne te pose pas la question de comment tu vas être perçue, de comment tu seras jugée, la seule question que tu te poses, c’est « à quel point les gens vont se mettre à l’aise dans leur propos ? ».
Parce que oui, les langues se délient quand tu n’as pas l’air racisée, tu entends le fond de la pensée de certaines personnes et tu comprends que tu es entourée de racistes.
A ce moment-là, tu peux décider de ne rien dire ou tu peux décider de dire que en réalité tu es issue de l’immigration. Et souvent, quand certaines personnes découvrent mes origines, j’ai l’impression de devenir d’un coup l’enfant indigne de la République : les gens se sentent trahis, peut-être ont-ils l’impression que d’une certaine manière je leur ai menti, que je les ai piégés.
A partir de ce moment ils se rattrapent, « Non mais c’était de l’humour. ». Alors clairement Jérôme, ne décide pas de changer de carrière pour faire un one-man show parce que le racisme ce n’est pas drôle.

Donc une fois que tout ces faits sont établis, on en dit quoi du « racisme anti-blanc. » ?
Tout d’abord un petit pan d’histoire veux-tu ?

Bien qu’ancien, le terme devient populaire dans les années 80, grâce notamment à Jean-Marie Lepen et au FN qui parlent d’abord de « racisme anti-français », il est ensuite récupéré par la droite dans les années qui suivent et devient très prisé de la fachosphère.
Mais pourquoi ? Parce que dans le climat qui règne, celui ou les gens en ont marre depuis des années d’assister à des affaires telles que celles de Zyed et Bouna ou de Adama Traoré. La population se manifeste, la population riposte.

Tous ces français qui sont confrontés à ces inégalités et à cette violence physique ou verbale, ont décidé de faire entendre leurs voix et forcément en réaction à cela, certains ressentent le besoin de contrebalancer une réalité avec une invention.
Cela est déjà en soi un danger, car au lieu de d’essayer de combattre un racisme déjà existant, on en invente un autre. Une diversion se créée, on s’éloigne d’un sujet, on noie une information.
Ce recours à l’évocation du « racisme anti-blanc », presque comme une levée de boucliers, représente le paroxysme de la « fragilité blanche ». Car comme le dit Rokhaya Diallo dans les Inrockuptibles, étant habitués à être protégés de tout type de discrimination au sein de la société française, la moindre confrontation à un quelconque stress racial provoque une réaction de défense chez les personnes blanches.

Maintenant admettons qu’un « racisme anti-blanc » existe.
Si ce dernier est une réalité, cela revient à dire que tous les points énumérés plus haut s’appliqueraient à une personne blanche.

Soyons francs, qui a un exemple d’une personne blanche qui s’est vue refuser un appartement pour la simple raison de sa couleur de peau ? Idem pour une offre d’emploi ?
Comment un « racisme anti-blanc » pourrait-il exister dans une société à majorité blanche ? Pour que racisme il y est, il faut qu’une majorité discrimine une minorité, or la France reste, malgré l’inquiétude de certains face à un « grand remplacement », une société majoritairement blanche.
C’est aussi pour cela que placer les blancs au milieu du débat sur les inégalités raciales est plus que normal, car avant de questionner le racisme il faut questionner les privilèges et souvent c’est cela qui heurte, c’est cela qui provoque le besoin presque vital de se placer en position de victime en retorquant « nous aussi nous souffrons, il existe un racisme qui est dirigé vers nous ». Le « racisme anti-blanc » semble donc être, en plus d’une construction sociale, une sorte de couverture qui permet aux blancs de se rassurer et de ne pas avoir à trouver une solution au racisme car si ce dernier est plurilatéral, la responsabilité est partagée.

De plus, ce « racisme anti-blanc » quand il est décrit revient souvent à la même chose, un blanc qui s’est retrouvé en situation de minorité dans laquelle il ne s’est pas senti à l’aise. Mais quelle est l’origine de ce sentiment d’inconfort ?
Pourquoi une personne blanche ne se sent pas à l’aise lorsqu’elle est en minorité ?
Un des réponses que l’on pourrait apporter serait que chaque action appelle à une réaction. En effet, les minorités à force d’être stigmatisées, deviennent méfiantes, on rejette l’autre de par anticipation d’être rejeté. C’est cela qui est confondu avec du racisme car encore une fois, lorsque le privilège blanc se retrouve fragilisé ou remis en question ce n’est pas habituel. Cela est mal vécu et c’est ce qui devient l’idée du « racisme anti-blanc ».

Ce qui se cache derrière ce terme n’est donc pas une discrimination pure et franche sous-prétexte d’une origine, mais plutôt un réel problème avec la remise en question du privilège blanc.
Car les personnes blanches, éduquées et nourries par une société qui les a placées comme la norme et habituées à ne pas se voir refuser quoique ce soit, vivent toutes ces remises en cause comme des micro-agressions.

Donc quand quelqu’un vient me voir et me parler de « racisme anti-blanc », je suis partagée entre l’envie de lui rire au nez ou de lui sortir une dissertation sur la question.
Souvent je me dis « Il/elle a 24 ans je ne vais pas l’éduquer, il suffit d’ouvrir un livre ou tout simplement les yeux. » cependant j’ai compris que si, il est de ma responsabilité d’au moins témoigner de mes observations.
Car si je passe et que je suis témoin de racisme, je n’ai jamais subi de racisme frontal. Alors pour quelle raison ? Si le « racisme anti-blanc » existait avec ma tête de Corinne, je pense que j’en aurais fait l’expérience, cela n’a pas été le cas.

Par contre, j’ai eu l’expérience du racisme via mes proches et une fois que les gens ont compris que j’étais racisée, j’ai pu voir leur comportement changer.

Donc oui, je ne peux pas faire de mon expérience la règle et la mesure mais je peux tirer des conclusions de mes observations et de mes lectures.
Si tu veux en apprendre plus, je t’invite à lire et écouter ce qu’a à dire Rokhaya Diallo, qui parle de ces points beaucoup mieux que moi.

Et si en tant que blanc tu es heurté par mes propos, je t’invite à te poser des questions simples :

  • T’a-t-on déjà refusé un appartement/un prêt à cause de tes origines ?
  • Es-tu passé à côté de quelqu’un et a vu la personne agripper son sac ?
  • Es-tu remonté chez toi récupérer ta carte d’identité après avoir réaliser que tu l’avais oubliée, par peur d’un contrôle de police ?
  • T’es tu fait insulter ou moquer à cause de ta couleur ?
  • Et le plus important, veux-tu vraiment partager les mêmes idées que l’extrême droite ? Que Jean-Marie Lepen ?

Si ta réponse est non, alors ne parle du « racisme anti-blanc » comme d’une réalité et éduque-toi. Ne fais pas partie du problème mais de la solution, et aide-nous à combattre ce racisme reste dangereux et mortel en 2020 en France et dans le monde.

Si ta réponse est oui, pose-toi encore la question de pourquoi ? Était-ce vraiment à cause de ta « blanchité » ? Si c’est le cas le débat est toujours ouvert !

Ah et si ça t’as soulé de lire « racisme anti-blanc » entre guillemets, imagine le point auquel ça nous soule d’entendre cet argument.

A bon entendeur, la bise !

“Les Misérables” de Ladj Ly : La face Masquée de la France.

Samedi 7 décembre, je vais voir “Les Misérables” à la Défense. 1h44 plus tard, je sors du cinéma, la tête pleine de questions qui resteront sans réponses. 

“Comment on en arrive la ?”, “Est-ce que l’état sait que des gens survivent dans des taudis?”, “Liberté, Égalité, Fraternité : Depuis quand on nous ment derrière ces 3 mots.” …. Non le film ne m’a pas laissé sur ma faim, ce film et tout simplement merveilleux.

On suit Chris, chef de Brigade de la BAC à Montfermeil et son équipe composée de “Gwada” et du nouvellement arrivé de Cherbourg, Stéphane (renommé “Pento”). 

La première chose qui a eu l’air d’interpeller les spectateurs dans ma salle, la proximité entre les agents de la BAC et les habitants de Montfermeil. 

Non, il n’y pas de respect, non il n’y a pas d’affection, mais à force de se voir, on se connait.
La hiérarchie et l’organisation qui règne au sein de la cité sont extrêmement bien représentés. Les cités sont oubliées, il existe donc une “cité dans la cité”, un fonctionnement qui lui est propre. 

Tout le long du film on navigue entre ces strates particulières, jusqu’au moment où tout dérape. 

Gwada fait une bavure. Issa (un enfant perturbateur que nous avons déjà croisé plusieurs fois) est touché au visage par un tir de flashball. De la, s’ensuit un débat au sein de l’équipe de la BAC, la ou Pento souhaite emmener Issa aux urgences, ses deux collègues s’y opposent. Ce clivage va se creuser un peu plus alors qu’ils réalisent que l’incident a été filmé par un drone appartenant un autre jeune de la cité. 

Alliances avec des délinquants, usage de la violence et des menaces à outrance, sont les méthodes que va préférer Chris pour récupérer la vidéo et éviter tous risques que cette bavure ne quitte les murs de la cité.

Sans vous raconter tout le film, Issa n’ira jamais aux urgences. Il sera laissé en bas de chez lui après avoir été victime de la pression de Chris qui lui dit plus ou moins “Si on te demande, tu diras que tu es tombé, ce qui t’es arrivé, c’est arrivé par ta faute. A force de de faire des conneries il fallait bien que tu paye.”. 

La vidéo de la bavure est récupérée par la BAC, l’histoire ne sort pas de la cité et la colère des jeunes non plus. 

Cependant, cette dernière éclate, dans une scène proche du génie.

Un affrontement a lieu entre l’équipe de la BAC et les jeunes de Montfermeil, menés par Issa. Tout est renversé, dans cette bataille qui prend place dans la cage d’escalier d’une barre d’immeuble. 

Sans vous spoiler, on trouve un Issa vengeur et haineux face à toute l’injustice dont il a souffert, cet enfant oublié et invisible se bat, comme si il n’avait rien à perdre. C’est le cas, il n’a rien à perdre, c’est comme ci il n’existait pas aux yeux de la société.  

Maintenant parlons de la cité en elle-même. Insalubre, impropre, abandonnée. Je sais pas quels autres mots utiliser encore. Des ascenseurs qui ne fonctionnent pas, des bâtiments, tagués de long en large, des décharges sauvages. Non ce n’est pas fantaisiste, non ce n’est pas de l’exagération c’est la réalité de nombreux foyers en France en 2019. Ces cités sont laissées à l’abandon, on ne débloque pas de budget pour ces dernières ou si un budget a été débloqué, on n’en voit pas les effets.
Comme cela est si bien dit dans le film, les dégâts qui ont été faits lors des différentes vagues d’émeute qui ont secoués les cités françaises (Oui je dis cités depui tout à l’heure parce que le mot “banlieue” me parait trop large, contrairement à ce que la majorité pense, le terme “banlieue” désigne aussi bien La Courneuve que Neuilly-sur-Seine. Et clairement, on parle pas du même niveau de banlieue. Alors techniquement, on devrait utiliser le terme “banlieue bourgeoise” pour parler de l’une et “banlieue défavorisée” pour parler de l’autre, mais le terme m’écorche un peu. Donc je vais rester sur cité. Cité c’est bien, c’est pas encore totalement connoté.) 

Donc l’histoire prend place dans ce lieu qu’on pourrait croire irréel, en plein été 2018 entre Coupe du Monde et canicule. On y suit les habitants de Montfermeil dans leurs cités qui paraissent tellement pleine pour une période de vacances. 

En parlant de vacances, une autre remarque que j’ai entendu en sortant de la salle “Ouais ouais le film est bien mais y a trop de temps morts, genre c’était chiant à certains moments !”. Bah ouais. Une cité en été c’est plein, les habitants n’ont pas les moyens financiers de partir donc tout le monde s’entasse et macère dans cette chaleur insoutenable, et le temps ne passe pas. Le temps est long, très long et trop long.
Donc imaginez vous bien, vivre dans ce genre d’endroit, ne jamais en sortir, et être oublié de tous . . . . Vous le supporteriez ? Ne pas être considéré comme un citoyen dans les faits et devoir répondre aux même lois que tout le monde ? 


Les Misérables n’innocente pas pour autant les habitants de Montfermeil, le film ne nous propose pas une vision dichotomique de la situation. Il nous propose de voir des faits, il nous donne un exemple concret d’une situation plus que connue en France. Celle d’une bavure policière qui donne lieu à une émeute. Il y a toujours une relation de cause à effet. 

C’est un cercle vicieux, la violence a engendré la violence et l’abandon a engendré l’abandon.
Mais qui est coupable ? Les habitants de ces quartiers ? Les mères de famille dépassées à qui l’on reproche “Mais comment ça vous ne savez pas où est votre enfant ? Vous le laissez traîner seul, vous pouvez pas l’éduquer ?”. Les jeunes qui ne connaissent que leurs cités et à qui on répète incessamment “ A part vos conneries vous avez rien de mieux à faire ?”, les forces de l’ordre qui enchainent les bavures et qui se disent “menacées par la violence dans ces quartiers”?
Ou bien alors la faute revient à l’Etat qui depuis des siècles de construction à parquer sa population à différents endroits et qui à fait de la création temporaire qu’était censée être les logements sociaux, qui devaient répondre à la crise du logements, mais qui sont devenus permanents et dont on ne s’occupe plus ?

La vraie question que soulève ce film pour moi ce n’est pas de savoir à qui la faute justement. C’est de savoir “Et maintenant ? On fait quoi ? Il se passe quoi ? Ce cercle vicieux s’arrête quand ?”.


Donc si vous n’avez pas vu ce film, allez-y ! J’y suis allée parce que je suis moi-même une “banlieusarde”, et j’y ai vu des schéma que je connais par coeur. Mais même si vous n’êtes pas concernés par ces schémas et surtout si vous ne l’êtes pas en fait, allez-y. Ouvrez les yeux sur ce qu’il se passe à quelques stations de RER ou de métro de la Tour Eiffel.


Il n’existe pas de face cachée de la France, seulement une face masquée, de ces gens que l’on ne voulait pas voir à une époque et qui sont devenus invisibles dans le monde contemporain.

Mais qui suis-je ?

Née et ayant grandi en région parisienne, je suis une jeune fille de 25 ans. Et j’aime beaucoup parler et débattre de plein de sujets, du coup plutôt que de me contenter d’être la relou de service dans mon entourage j’ai décidé de devenir blogueuse en plus de ça.

On va parler de tout ! Vraiment de tout, pas de tabou et pas de chichi. Un article par semaine, sur un sujet qui aura soit fait l’actualité, soit qui le tiens à cœur ou alors …. un sujet qui aura été proposé par l’un d’entre vous. (Vous le voyez pas mais j’ai fait un clin d’œil la.)

Bref, allons-y joyeusement et si vous êtes intéressés bah abonnez vous !*

Bon, la bise !

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